Ce qu'ils en disent:

"A l'heure où la photographie se veut infiniment grande, tant dans les objets représentés que dans ses tirages, Claire Artemyz n'a pas peur du très petit. Son regard méthodique scrute les choses à la manière d'un microscope. Tout réside pour elle dans le détail. Devenues du coup presque abstraites, ses images colorées nous invitent à découvrir de près le vivant, ou ce qui le fut. Il y a dans son œuvre, aux tonalités nettement archéologiques, beaucoup de peaux mortes et d'ossements fossiles. L'existence terrestre laisse parfois, mais parfois seulement, des traces dans le sol...

 

Au fil des ans, Claire Artemyz a ainsi archivé une mémoire du monde, des sauriens à l'homme en passant par les ammonites. Tout en embranchements, comme peut l'être dans un livre une arborescence scientifique, son ordinateur regorge de fragments de corps. Regroupés, ils ne donneraient pas naissance à un nouvel animal, ou à un humain sorti de la préhistoire. Cet ensemble de photographies montrerait, par simple observation, ce qui a disparu des origines de la vie et ce qui en subsiste parmi nous. Les oiseaux ne sont-ils pas les survivants des dinosaures?

Ces clichés très composés constituent par conséquent les pièces d'un gigantesque puzzle. L'observateur se sent invité à assembler ces éléments, dont certains demeureront inévitablement manquants. A quoi ressemblerait leur réunion? Difficile de le dire. L'image globale produite par ces prises de vue accumulées apparaîtrait à certains endroits précise. A d'autres floue. L'histoire dite naturelle n'est pas aussi facile à raconter qu'on ne veut bien l'admettre. Même mort, le vivant se défile. Il échappe à ceux qui veulent l'épingler comme un papillon sur un bouchon. 

Développée dans ce qui ne pouvait constituer que des séries lentement construites, l'aventure se révèle en fait double. Il y les recherches intellectuelles, bien sûr. Il existe aussi les choix esthétiques. Chaque cadrage, chaque éclairage, chaque enchaînement d'images dans un album constitue un parti-pris. Il s'agit là d'un langage articulé, avec ce qu'il suppose de choix dans les sons et les mots."

Etienne Dumont, critique d'art

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"Lorsque le squelette de Lucy fut découvert en Ethiopie en  1974, on s’aperçut en étudiant son bassin et sa jambe, qu’elle était bipède, et Yves Coppens en tira un ouvrage, Le genou de Lucy, inspiré du titre du fameux film d’Eric Rohmer sorti en 1970, Le Genou de Claire. Contrairement à ce que pensent bon nombre de gens, les restes de Lucy ne reposent pas au Musée de l’Homme, mais au musée national d’Ethiopie. Pour autant, notre Musée recèle la plus importante collection d’hommes fossiles du monde, une soixantaine, certes plus récents que les australopithèques, mais très emblématiques, tels des squelettes complets d’hommes de Néanderthal, notamment ceux de La Ferrassie et de la Chapelle-aux-Saints, et celui de notre vénérable ancêtre l’Homme de Cro-Magnon, ainsi que ses productions artistiques majeures, comme la Vénus de Lespugue, si épurée et si intemporelle. Aujourd’hui, pour rester dans l’analogie rohmerienne, c’est du regard de Claire qu’il s’agit. Car lorsque Claire Artemyz, dont la démarche nous avait particulièrement intéressés, a posé son objectif dans nos collections, ce qu’elle a capturé sur sa pellicule a transfiguré les ossements et les objets qui nous étaient pourtant si familiers. L’usage de la macro-photographie et les éclairages fantomatiques nous ont révélé une lecture très singulière de notre patrimoine préhistorique. La moindre suture crânienne devient un chemin de traverse nous reliant à une humanité antérieure, le plus petit détail anatomique, mis en relief par la caméra, nous renvoie à notre propre constitution, et chaque détail d’un outil ou d’une sculpture sur os ou sur ivoire de mammouth nous restitue le geste sûr, et une bribe de la pensée, de son auteur depuis si longtemps disparu. Il y a là une incarnation visuelle de ce que l’un des plus grands anthropologues du Musée de l’Homme, André Leroi-Gourhan, analysait subtilement dans un ouvrage qui a véritablement marqué les études anthropologiques, Le geste et la parole. C’est que le Dr Artemyz n’est pas seulement une artiste, c’est aussi une clinicienne et une chercheuse qui a profondément sondé l’esprit humain, et c’est cette expérience neurobiologique qui confère à ses photographies cette perception originale et originelle, abstraite et quelque peu psychanalytique, anagogique et onirique, de l’aventure humaine."

Dr Alain Froment, Collections d’Anthropologie, Musée de l’Homme

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"Il y a comme un entêtement de la part du chercheur à comprendre, du scientifique à décomposer le monde et du paléoanthropologue à désarticuler l’être humain pour en saisir l’essentiel. C’est aussi le travail de Claire Artemyz, qui de façon bien plus poétique, par une subtilité de pose et d’éclairage, par un regard singulier, rend compte de cet acharnement à percer ce mystère intemporel, celui du sens de l’humanité. C’est aussi le temps « d’après » qui est figé par cette photographe talentueuse. Quand la vie n’est plus, l’objet devient support d’étude pour le chercheur, os sec inanimé. Mais l’artiste réussit à le prolonger, le faire dialoguer avec ses semblables, lui redonner vie « en argentique ». Et provoquer le spectateur avec de véritables tableaux de vanités où l’évanescence des papillons rappelle le souffle de la vie qui est passé si vite !"

Amélie Vialet, paléoanthropologue.

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Claire Artemyz, photographe de préhistoire - Hominidés

www.hominides.com/html/references/artemyz-photographe-prehistoire-0877.php

 

Mémoires - Claire Artemyz - Bradshaw Foundation

www.bradshawfoundation.com/memoires/index.php